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Le magazine de l’EFS Occitanie Pyrénées Méditerranée

Septembre 2026 Numéro 62

Quoi de neuf docteur ?

Transfusion préhospitalière : un véritable défi logistique

Les traumatismes sévères sont la principale cause de mortalité évitable chez les jeunes adultes, essentiellement par choc hémorragique. Dans ces situations, chaque minute gagnée avant l’arrivée à l’hôpital peut améliorer les chances de survie. Lorsqu’un patient présente une hémorragie majeure, la transfusion préhospitalière permet de débuter la prise en charge sans attendre son arrivée aux urgences.

Lors du départ de l’équipe du SMUR, une difficulté demeure. Elles ne savent pas toujours si les produits sanguins seront effectivement nécessaires. Elles doivent pourtant pouvoir les avoir immédiatement à disposition en cas d’aggravation de l’état du patient.

En 2025, en Occitanie, 1 541 Concentrés de globules rouges (CGR) ont ainsi été mobilisés pour les interventions du SMUR. Parmi eux, 17,9 % ont été transfusés, tandis que la majorité des produits non utilisés ont pu être réintégrés dans les stocks grâce au respect de certaines conditions de conservation. Alors, comment éviter la destruction de ces CGR non transfusés (82,1 % restants) et les réintégrer au stock sans transiger sur la sécurité ?

À retenir

  • La transfusion préhospitalière repose sur une chaîne logistique rigoureuse, souvent méconnue, qui garantit la disponibilité des produits sanguins en situation d’urgence.
  • La coordination étroite entre l’EFS et les équipes du SMUR permet aux patients de recevoir plus rapidement les produits sanguins nécessaires à leur prise en charge.
  • Cette organisation assure une utilisation optimale des produits sanguins tout en préservant une ressource précieuse.

Un dispositif pensé pour répondre aux besoins du terrain

Une intervention du SMUR ne ressemble jamais à une autre. Certaines équipes interviennent à quelques minutes d’un site de l’EFS, d’autres parcourent des dizaines de kilomètres en zone rurale ou de montagne. Selon la localisation de l’intervention, les produits sanguins sont préparés soit par les équipes de l’EFS, soit par un dépôt de sang hospitalier afin de garantir un départ rapide.

Dès que le médecin régulateur transmet sa demande et l’ordonnance, le compte à rebours est lancé. Les équipes de l’EFS préparent une glacière contenant deux CGR de groupe O. Le choix du rhésus est adapté au profil du patient : négatif pour les femmes de moins de 50 ans (ou lorsque l’âge et le sexe sont inconnus), positif pour les hommes et les femmes de plus de 50 ans.

Mais ce n’est pas une simple glacière. Celle-ci dispose d’un caisson isolant, d’un eutectique (dispositif réfrigérant), d’un système de scellement des CGR avec un enregistreur de température permettant de suivre les conditions de conservation des produits sanguins entre 2 et 10 °C pendant toute la durée de l’intervention. Préalablement qualifiés par les équipes de métrologie de l’EFS, ces conteneurs uniques, communs à l’ensemble de la région, équipent les sites de délivrance de l’EFS Occitanie.

CGR scellés avec un enregistreur de température
CGR scellés avec un enregistreur de température
Vue intérieure de la glacière avec son caisson isolant et l’eutectique
Vue intérieure de la glacière avec son caisson isolant et l’eutectique
Emballage isotherme, résistant aux chocs et étanche prêt à partir en intervention
Emballage isotherme, résistant aux chocs et étanche prêt à partir en intervention

Au départ d’une intervention, les équipes médicales n’ont aucun critère pour prédire un besoin de transfusion. Pour éviter toute perte de temps face à une hémorragie potentiellement mortelle, elles embarquent systématiquement des CGR et du plasma lyophilisé lors des prises en charge de traumatismes sévères. La transfusion préhospitalière profite aussi aux patients fragiles souffrant d’hémorragies digestives, chez qui la précocité des soins limite probablement les complications.
Récemment, un patient présentant fracture du bassin, tachycardie et hypotension a pu être transfusé sur le terrain, ce qui a permis de le stabiliser suffisamment pour réaliser un scanner corps entier dès son admission.

La décision de transfuser suit un protocole mis en place par Occi.Trauma, le réseau régional de prise en charge des traumatisés sévères. En 15 mois, celui-ci a été activé 262 fois sur le secteur de Nîmes. Il a permis de transfuser 54 patients (87 CGR et 41 plasmas lyophilisés), avec un taux de perte des produits d’à peine 1,3 %. Les principales indications concernent des traumatismes sévères fermés (57 %), suivis des hémorragies médicales (25 %) et des plaies pénétrantes (14 %). Plus des deux tiers des patients transfusés ont ensuite bénéficié d’une transfusion complémentaire à l’hôpital. L’enjeu actuellement est de déterminer dès le premier appel quel malade risque d’avoir besoin d’une transfusion préhospitalière.
Portrait de Dr Fabien  Coisy Dr Fabien Coisy Chef de clinique des universités au CHU de Nîmes en médecine d’urgence

4 chiffres à retenir

1 541 

CGR mobilisés par l’EFS Occitanie en 2025 pour les interventions du SMUR

79,2 % 

produits sanguins non transfusés ayant pu être réintégrés au stock.

2,9 % 

de taux global de destruction des produits mobilisés.

6 heures

d’autonomie de la glacière pour maintenir les produits entre 2 °C et 10 °C avec des températures extérieures comprises entre -5 °C et +40 °C.

De nouvelles perspectives grâce au plasma lyophilisé

La transfusion préhospitalière franchit une nouvelle étape avec la mise à disposition de plasma lyophilisé sur certains sites EFS de la région, en plus des CGR. Fabriqué par le Centre de transfusion sanguine des armées (CTSA), il présente plusieurs avantages : il peut entrer et sortir du stock de l’EFS sans problème, résister à des températures jusqu’à 40 °C et se conserve pendant deux ans.

Reconstitué en quelques minutes au moment de l’intervention, il permet d’administrer rapidement des facteurs de coagulation qui améliorent l’efficacité de la transfusion lors d’hémorragies graves. Une avancée particulièrement prometteuse pour renforcer la prise en charge des urgences vitales, notamment dans les territoires éloignés des établissements de santé.